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Les travailleuSEs du sexe et leurs défenseurs critiquent la politique
moraliste rendue obligatoire par Randall Tobias.


Randall Tobias s’est retiré de son poste de Directeur pour l’Aide Etrangère des Etats-Unis et d’Administrateur pour les Etats-Unis de l’Agence pour le Développement international (USAID) après qu’il ait été impliqué dans un scandale en tant que client de prostituées.
L’ironie est que Tobias était le décideur politique et le porte parole du Pacte Anti- Prostitution, qui exige pour l’obtention des subventions USAID, entre autres, de dénoncer les prostituées et toutes les personnes avec qui elles essaient de s’organiser ou qu’elles servent. En tant qu’activistes pour la santé et les droits humains des travailleuSEs du sexe, nous ne nous intéressons pas à la vie personnelle de Randall Tobias. Toutefois, ces récentes révélations à propos de ses liens avec une agence d’escortes qu’il a entretenu à Washington nous fournissent l’opportunité de discréditer les politiques inefficaces et de conduites
morales qu’il a mené.
Les partisans du Pacte Anti- Prostitution prétendent qu’il aide à la lutte contre le sida. Pourtant, les travailleuSEs du sexe ne sont pas la source du problème du sida, mais plutôt une part clé de sa solution.

http://cybersolidaires.typepad.com/ameriques/2007/05/advocates_criti.html

http://sexworkerspresent.blip.tv/file/181155/


Madame Marie Victoire Louis est putophobe !

Le 24 Mars 2004, Marie Victoire Louis a adressé une lettre publique adressée au directeur du Groupe d’Etudes Genres et Rapports Sociaux (GERS) du CNRS dans laquelle elle se scandalise qu’une journée d’étude intitulée « La prostitution, un travail sexuel ressortissant du droit à la vie privée » puisse avoir lieu.
Dans celle-ci, elle ose amalgamer le travail sexuel à une violence sexiste et s’emporte contre l’association Cabiria qui justifierait cette violence. Elle devrait pourtant savoir que Cabiria est également une association de travailleuSEs du sexe. Pourquoi n’écoute t’elle pas les travailleuSEs de sexe quand nous lui disons que nous ne vivons pas notre métier comme une violence ? Pourquoi refuse t’elle de nous entendre quand nous revendiquons la libre disposition de notre corps et le droit d’exercer l’activité que nous souhaitons ? Pourquoi la parole des travailleuSEs du sexe ne compte t’elle pas pour elle ? N’est ce pas elle plutôt qui exerce une violence à notre égard en nous réduisant à l’état de victimes incapables de se défendre sans sa bienveillante aide ? N’est ce pas elle qui nous stigmatise en nous confiscant la parole, en refusant une réflexion théorique sur notre travail ?
Les travailleuSEs du sexe vous le disent et le répètent encore : ce n’est pas la prostitution qui est un problème mais les conditions dans lesquelles on l’exerce. Oui de nombreuses travailleuSEs du sexe exercent dans des conditions désastreuses mais contrairement à Cabiria Madame Marie Victoire Louis ne fait rien pour les aider à travailler dans de meilleures conditions. Elle ne semble même pas se rendre compte à quel point son discours est d’une violence extrême à l’égard des femmes qu’elle veut abolir. Les travailleuSEs du sexe ne sont pas que des corps réduits à être pénétrés dans leur vagin, bouche ou anus comme elle le prétend. C’est une conception bien réductrice de ce que peut être la sexualité. C’est à croire que sa pratique de la sexualité ne se résume qu’aux organes sexuels et qu’elle ne doit pas souvent jouir puisqu’elle ne fait aucune référence au plaisir.
Dans tous les cas, elle n’aide en rien les travailleuSEs du sexe, bien au contraire. C’est à cause de sa bêtise que nous ne jouissons d’aucune reconnaissance de notre travail et des droits qui vont avec. C’est à cause de discours comme le sien que les hommes peuvent se permettre de réduire les travailleuSEs du sexe à des corps appropriables. Ils ne font là que reprendre son discours et le mettre en pratique quand ils se permettent des violences à notre égard. Marie Victoire Louis ne rend pas service aux travailleuSEs du sexe, mais plutôt à des Sarkozy qui nous emprisonnent dorénavant légalement. C’est à cause de gens comme Marie Victoire Louis que la loi Sarkozy a pu être votée et que les travailleuSEs du sexe sont dorénavant contraintes à la clandestinité.

Elle est responsable de notre fragilité et du manque de prévention face au sida et autres IST.

Marie Victoire Louis n’est qu’une PUTOPHOBE CRIMINELLE !


lettre ouverte à ceux qui veulent nous abolir


Nous sommes fièrEs d’être des travailleuSEs du sexe. Nous sommes en colère contre tous ceux qui veulent nous abolir. Nous ne supportons pas le discours abolitionniste qui est à notre égard culpabilisant, victimisant, méprisant, et tout simplement stigmatisant.

Les abolitionnistes n’ont rien compris. Ils croient savoir ce qui est bon pour nous alors que le plus souvent ils n’ont jamais pratiqué notre métier et ne savent donc pas de quoi ils parlent. Ils se positionnent comme des omniscients qui peuvent parler à la place des premièrEs intérésséEs et dire de nous tout le mépris qu’ils pensent. C’est de la confiscation de la parole, c’est de l’oppression qu’il faut combattre. Par leur discours, les abolitionnistes nous réduisent à des corps, à des objets inconscients de ce qu’on nous ferait subir. En réalité, nous ne supportons pas que ces personnes prétendent nous aider à nous en sortir alors même que nous voulons y rester… sur le trottoir.

Nous ne vendons pas notre corps. Nous rendons des services sexuels payants, et cela ne nous empêche pas d’en rendre aussi des gratuits. Lors d’un service sexuel, qu’il soit payant ou gratuit, il ne s’agit pas de donner son corps mais de partager un plaisir, une affection, un sentiment avec quelqu’un. Il n’y a aucun rapport entre toute attaque à l’intégrité physique d’une personne parfaitement condamnable et le fait de faire l’amour pour de l’argent.
Les comparaisons avec les ventes d’organes sont ignobles.

Bien entendu nous nous servons de notre corps pour travailler, ce que font d’ailleurs tous les travailleurs même ceux qui prétendent ne se servir que de leur intellect. Même ceux là sont bien obligés de déplacer leur derrière pour se rendre sur leur lieu de travail. Pardonnez nous cette évidence mais ils se servent bien de leur main pour écrire ou de leur bouche pour parler afin de mener à bien leur travail. Nous nous servons nous aussi de nos corps pour travailler et en particulier de notre tête car la jouissance sexuelle n’est pas qu’un simple mécanisme physique.

Les abolitionnistes ne parviennent pas apparemment à distinguer le désir du consentement. Il faut croire qu’ils ne peuvent pas vivre leur sexualité sans que jamais ne rentre en jeu autre chose que le désir. Ils ne se demandent même pas en quoi ce désir peut être motivé par des enjeux complètement extérieurs à leur corps ou personnalité. Il nous semble au contraire que le désir sexuel se nourrit non pas seulement du simple corps ou personnalité des partenaires potentiels mais de tout un contexte de représentations fantasmées qui prennent aussi en partie compte des rapports de domination, du pouvoir, et de l’argent.
Se prostituer peut également pour certaines être une activité très excitante sexuellement, et source de plaisir.

Certains abolitionnistes prétendent que nous ne respectons pas notre corps. Nous prétendons le contraire. Lorsque les deux ou plusieurs parties tirent chacun profit de la relation sexuelle, il n’y a aucun perdant. La/le travailleuSE du sexe est même la/le plus sûrE d’en tirer profit puisque même si aucun plaisir n’est éprouvé (ce qui peut arriver lors de rapports non rémunérés également) elle/il en retirera au moins quelque chose à la fin. Le vrai respect dans cette affaire est le respect des conditions conclues entre les différentes parties dès le départ. La première exigence que doit être le consentement est obligatoirement présente puisqu’il s’agit d’un contrat explicite dès le premier instant de la rencontre, contrairement à d’autres formes de relations sexuelles où le consentement s’obtient à force de persuasions. Si on considère vraiment les prostituéEs comme des sujets libres et sachant ce qu’elles/ils font, il y a plus de chance qu’on les respecte par la suite. Nous considérer comme des victimes, nous réduire à des simples corps, objets de transactions confortent plutôt ceux qui veulent s’approprier nos corps, c’est conforter les violeurs dans l’image qu’ils ont des prostituéEs. Bien plus que les violeurs, les abolitionnistes sont parvenus à convaincre la quasi-totalité de la société de l’image qu’elle doit avoir des travailleuSEs du sexe. En effet, de nos jours, les jeunes femmes s’extraient volontiers dans le contexte sexiste ambiant des stigmates de putes ou soumises. Mais n’est ce pas les renforcer justement de vouloir à tout prix s’en extraire ? Et de laisser donc tout un chacun penser tout le mal qu’il souhaite de celles/ceux qui ne vivent pas leur sexualité dans le cadre normatif du « ni pute ni soumise ». Être pute ou être soumise ne signifie pas forcément être opprimée dans la relation qu’on entretient avec son partenaire d’autant plus quand cette relation est sexuelle. On peut jouer des rapports de domination via sa sexualité et en jouir. On peut démontrer ainsi que ces rôles ne sont que des rôles, qu’ils sont interchangeables et placer la sexualité hors du cadre purement génital. L’important est de pouvoir être conscient que le rôle qu’on exerce dans sa sexualité ou dans tout type de rapport n’est qu’un rôle que l’on joue et qu’on peut le refuser à tout instant. Il n’y a rien de figé dans la sexualité, rien de normal. On peut jouir de toutes les situations à partir du moment où chaque personne qui y participe le veuille bien. Mais pour que le consentement soit réel, il est préférable que les individus aient conscience du rôle qu’ils occupent dans la relation qu’ils entretiennent, et que ce rôle, non seulement elles/ils l’acceptent mais l’aient vraiment choisi. Une pute sait très bien quand elle exerce son métier si elle est contrainte ou pas de le faire, elle sait très bien si elle est victime ou non. Peut on en dire autant de la femme au foyer qui ne sait peut être pas très bien pourquoi elle est assignée à résidence, contrainte au travail domestique, considérée comme un moyen de reproduction, et enfin réclamée pour ses services sexuels ? Quel profit tire t elle de cette relation avec son mari, « unique client légal » en comparaison de la pute et de ses clients ? La source de revenus est unique : ce que son mari lui donne, le travail fourni beaucoup plus important puisqu’il ne s’agit pas que de services sexuels et que c’est 24Hsur24, et le contrat n’est pas renouvelable à moins d’un divorce. Il nous semble que la prostitution au contraire est un moyen d’échapper aux dominations d’un papa, d’un patron ou d’un mari. Malheureusement, certaines féministes au lieu de servir la cause de TOUTES les femmes, nous comprises, ont préféré passer alliance avec des intégristes catholiques afin de nous abolir. Nous préférons nous réclamer d’un féminisme qui ne restreint pas la libre disposition du corps et qui ne dicte pas ce que doit être nos sexualités.


La deuxième exigence de respect dans un rapport sexuel qu’il soit prostitutionnel ou pas est le refus de prises de risques d’une contamination. Le port du préservatif masculin ou féminin est le seul moyen de se protéger du sida et autres I.S.T. Les abolitionnistes ont la fâcheuse tendance de nous considérer prostituéEs comme des vecteurs de maladies vénériennes. Ils ont évidement tort. Ils oublient que nous, les prostituéEs avons été parmi les premièrEs à adopter des pratiques de prévention face à l’épidémie de sida dès le début des années 1980. Ils oublient que les prostituéEs font partie des rares personnes qui pratiquent des fellations protégées. Toutes les prostituées ne le font pas bien entendu, mais elles/ils sont certainement celles/ceux qui le font le plus. Ils ne s’imaginent pas non plus que les prostituéEs sont de véritables actRICEs de prévention car elles/ils apprennent à leurs clients ce qu’est le port du préservatif. Parmi les groupes menacés par le sida, les prostituéEs sont peut être de celles/ceux qui sont les plus responsables face à l’épidémie. Assumer le fait de se prostituer revient aussi à assumer sa prévention.

Vouloir abolir le métier, n’est évidement pas un moyen d’endiguer l’épidémie. Plus les prostituéEs ou leurs clients seront pénaliséES, répriméEs, plus il leur sera nécessaire d’échapper à cette répression et leur santé ne deviendra alors qu’une préoccupation secondaire voire n’en sera plus une du tout.

Il n’y a pas de problème de la prostitution, il y a les problèmes que rencontrent les prostituéEs. Ces problèmes sont engendrés ou confortés à cause des abolitionnistes. Il s’agit de la répression accrue à notre égard récemment due à la loi Sarkozy sur le racolage passif. Il s’agit de la non reconnaissance de notre travail et du refus de nous voir accorder des droits, les plus élémentaires, ce dont jouissent tous les travailleurs.



FOOTBALL ET PROSTITUTION
La coupe est pleine !

Jamais à court d’idées, la dernière campagne des abolitionnistes à l’initiative de Coalition Against Trafficking in Women intitulée « Buying sex is not a sport », s’attaque à l’Allemagne et aux organisateurs de la coupe du monde de football qui prévoit la création d’ « un gigantesque complexe prostitutionnel ». C’est une campagne d’envergure européenne traduite dans différentes langues de l’Union.

CATW avance le chiffre de 40 000 femmes importées en Allemagne à l’occasion de la coupe du monde. On se demande bien comment a été évaluée cette prévision six mois avant même qu’ait lieu l’événement. Mais comme souvent, les abolitionnistes ont l’habitude d’inventer des chiffres fantaisistes, parvenant même à donner des pourcentages précis du nombre de femmes victimes de traite et de trafic alors que la majorité des travailleuSEs du sexe préfèrent rester dans la clandestinité étant donné la peur de la répression ou du fisc.

Comme d’habitude, nous avons droit à l’amalgame entre prostitution et « exploitation sexuelle qui porte physiquement et psychologiquement atteinte aux femmes, et qui considère leur corps comme une marchandise pouvant être achetée et vendue ». Rien que ça.

Rappelons donc que notre corps n’est pas une marchandise, pas plus que celui de ces abolitionnistes qui se servent tout autant que nous de leur corps pour travailler, ne serait ce que pour déplacer leur cul de chez eux pour se rendre sur leur lieu de travail. Devrons nous lancer une pétition pour éradiquer les transports en commun qui sont complices du travail de tous ces pauvres victimes d’abolitionnistes qui sont ainsi par le déplacement de leur cul atteints physiquement et psychologiquement, considérés comme une marchandise pouvant être achetée et vendue pendant au moins 35 heures par semaine ?

Nous le répétons, si des abolitionnistes plein de compassion désirent lutter contre des formes d’esclavage et de trafic d’êtres humains qui existent dans les métiers du sexe tout comme dans d’autres métiers, qu’ils ne le fassent pas au détriment de l’ensemble des travailleuSEs du sexe qui en ont assez de ne pas être écoutéEs. Ce n’est pas en voulant éradiquer la prostitution qu’ils nous aideront. Nous ne voulons pas être éradiquées. Nous voulons pouvoir exercer notre métier dans les meilleures conditions possibles et donc en dehors de la clandestinité qui nous est imposée à cause entre autres de ces abolitionnistes qui ne supportent pas que notre métier puisse être reconnu comme tel. C’est en sortant la prostitution de la clandestinité que nous pourrons aider des personnes victimes de traite et qui pourront s’appuyer sur des droits aujourd’hui inexistants en France ou encore limités en Allemagn e.

Comment prétendre aider les putes sans les écouter et en voulant éradiquer la prostitution ?

Qu’on nous laisse tranquille enfin !