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5 février 2007 Les Putes soutiennent les féministes indigènes
Parce que nous refusons un modèle type de la femme libérée. Parce que nous refusons que les paroles des minorités soient confisquées par des bien-pensants « charitables » dont le discours normatif est discriminatoire. Parce que nous luttons pour un féminisme qui reconnaît les femmes dans la diversité de leurs choix, leurs croyances, leurs pratiques religieuses, professionnelles, sexuelles et culturelles. Parce qu'enfermer une personne dans le rôle de victime aliénée n'a d'autre but que de la réduire au silence et de nier sa capacité à revendiquer ses droits. Parce que lutter globalement contre le système sexiste dominant implique nécessairement de reconnaître les oppressions spécifiques de chaque minorité. Parce que chercher à tout prix à se distancier du schéma de « pute ou soumise » ne fait que renforcer ces stigmates. Parce qu'il ne doit y avoir aucune hiérarchie entre les luttes contre le sexisme, le racisme, la putophobie, l'islamophobie ou l'homophobie. Parce que nous dénonçons les manipulations des luttes des femmes pour justifier des politiques répressives et sécuritaires. Parce que nous n'admettons pas qu'une femme ait à justifier, démontrer ou prouver son intégrité féministe ou un quelconque niveau d'émancipation pour être entendue et respectée. Parce que notre lutte est celle de toutes les femmes, Nous soutenons l'appel des féministes indigènes.
Appel
des Féministes Indigènes Sous le Haut Marrainage de Solitude, héroïne de la révolte des esclaves guadeloupéens contre le rétablissement de l’esclavage par Napoléon, de Jamila Bouhired, révolutionnaire algérienne et de nos mères immigrées Appel des Féministes Indigènes Personnalités politiques, intellectuel-le-s, féministes, représentants institutionnels... en France, se penchent avec humanisme et compassion sur le sort des femmes issues de l’immigration post-coloniale que NOUS sommes. Ils nous encouragent à nous émanciper, à nous défaire de notre état de nature, ou, pour les plus évoluées d’entre nous, de notre état de sous-culture. Ils nous protégent contre nos maris, nos pères et nos frères supposés culturellement violents, violeurs et voileurs. Ils sont les boucliers sans lesquels nous sommes vouées à demeurer soumises, mariées de force à des brutes, excisées..., et peut-être même lapidées. De leur vigilance zélée dépend notre libération. Ils parlent en notre nom. Pour notre bien... Messieurs-Dames, le Collectif des Féministes Indigènes a le plaisir de vous annoncer la fin de la comédie. Il vous prie de ravaler vos larmes et de remballer vos bons sentiments. Ce discours néocolonial et paternaliste est une VIOLENCE que nous n’acceptons plus. Nous refusons la dépossession et l’instrumentalisation de nos luttes. Nous refusons catégoriquement que des personnes non concernées par des discriminations racistes et sexistes parlent en notre nom. Comme nous refusons le discours stigmatisant et essentialisant des femmes issues de l’immigration, qui prêtent leurs voix au discours dominant, structurellement raciste et opportunément féministe. Parler à notre place, c’est nous spolier de nos vies, nous déposséder de nos parcours et de notre vision du monde. C’est aussi saboter nos luttes quotidiennes. Nous ne sommes pas dupes de cette instrumentalisation qui fait de nous des victimes idéales. Les discours dominants à la fois racistes et sexistes confisquent notre parole, réduisent notre complexité, nient nos résistances. Ces procédés s’enracinent dans les systèmes esclavagistes et coloniaux qui, déjà, contraignaient les femmes à une double expropriation de leur corps (à la fois, force de travail et objet sexuel). Nos mères, loin des stéréotypes du féminisme blanc, ont toujours su résister. Nous résistons. Notre démarche est féministe, spécifiquement indigène… Nous, en tant que femmes vivant en France, héritons des acquis des luttes des féministes françaises. Mais en tant que femmes racialisées, nous remettons en question les diktats de l’universalisme blanc et masculin et du féminisme blanc qui dénient toutes autres visions du monde ou vécus. Le féminisme occidental n’a pas le monopole de la résistance à la domination masculine. Nous refusons les présupposés idéologiques selon lesquels le féminisme serait incompatible avec la foi religieuse, notamment en portant et défendant la parole féministe des femmes croyantes. Nous assumons et revendiquons nos identités plurielles, aux contours variables faites aussi de contradictions et d’imperfections. Nous refusons l’injonction à la déloyauté envers les nôtres avec tous les sacrifices que cela suppose : rupture familiale, guerre et concurrence des sexes, mise à distance de nos cultures chaque jour mises en accusation. Nous interpellons nos communautés et l’ensemble de la société. Nous dénonçons et nous nous battons contre les systèmes d’oppression. Nous ne voulons pas "conscientiser" les femmes issues de l’immigration, dont nous sommes, ni les juger sur des critères "d’émancipation" subjectifs. Chaque femme est en droit de choisir son mode de vie en continuité, en composition ou en rupture avec sa culture, sa tradition ou sa religion. Nous revendiquons l’autonomie de nos luttes et de nos trajectoires. …et anti-impérialiste Nous exigeons désormais des mouvements politiques occidentaux qui pensent les rapports Nord/Sud qu’ils cessent d’ignorer les conséquences de l’impérialisme et du libéralisme dans le maintien et le renforcement des systèmes patriarcaux. Nous considérerons désormais comme anti-féministe toute solidarité avec les femmes du sud qui n’intègre pas le rapport étroit entre patriarcat et impérialisme. Nous exigeons une égalité réelle Dans notre société, racisme et sexisme sont intimement imbriqués. Nous subissons des oppressions de classe, de genre et de néo-indigénat qui se renforcent mutuellement . Notre parole est seule légitime pour faire état de la réalité de ces oppressions croisées. Cette parole est radicalement anti-raciste et anti-sexiste. Nous n’établissons pas de priorité entre ces luttes intrinsèquement liées. Nous dénonçons catégoriquement toutes les violences sexistes et racistes que nous subissons quelles qu’elles soient et d’où qu’elles viennent. Nous ne tairons pas notre combat féministe sous prétexte que la lutte anti-raciste est prioritaire. De la même façon nous ne tairons pas notre combat anti-raciste pour servir de relais, au nom d’un pseudo-féminisme à la diabolisation des noir-e-s, des arabes, des musulman-e-s et d’autres populations stigmatisées racialement. Nous refusons d’être l’enjeu de la concurrence et de la bataille que se livrent le patriarcat des dominés et celui des dominants. Par conséquent, nous nous inscrivons dans ce féminisme paradoxal afin de ne plus jamais être le cheval de Troie de la suprématie blanche ou les traîtresses à l’ordre communautaire. C’est à ce prix que l’on pourra se battre contre les représentations coloniales, indigénisantes et folklorisantes des femmes noires, arabes et musulmanes, véhiculées dans les discours dominants, les politiques publiques et les espaces médiatiques. C’est ainsi que l’on pourra casser les stéréotypes de la beurette, de la maman-nourricière et infantilisée, de la musulmane manipulée ou de l’africaine exotique. Dans une société "francepaysdesdroitsdel’homme",
structurellement inégalitaire et patriarcale, NOUS, descendantes de colonisé-e-s et d’immigré-e-s lançons un appel aux femmes et aux féministes qui s’estiment victimes de violences sexistes et racistes à nous rejoindre en vue de contribuer à l’émergence et à la construction d’une parole FEMINISTE POLITIQUE, égalitaire et autonome qui interpelle l’ensemble de la société française dans sa gestion des questions concernant les femmes venues ou vivant dans
les pays du sud. Collectif des féministes indigènes http://www.indigenes-republique.org/spip.php?article667 26 Janvier 2007 lu sur Litinéraire http://www.itineraire.ca/jr_articles/archives_2003/nov03/Putederue.htm
Roxane
Nadeau: Le culte de l’intensité « Quand tu t’fais casser la gueule dans une ruelle, que tu saignes de partout pis qu’les lumières s’allument dans les maisons mais que personne ne réagit ou n’ appelle la police, c’est là qu’tu réalises que pour le monde, t’es rien qu’une pute! Pourtant, la non-assistance à une personne en danger est un crime! » Roxane Nadeau sait de quoi elle parle lorsqu’elle dénonce le regard méprisant de la société vis-à-vis des travailleuses du sexe. Ayant fait de la prostitution de rue pendant 13 ans, elle milite aujourd’hui pour les droits des travailleuses du sexe et donne une voix à ses consœurs par l’entremise de Vicky, la narratrice prostituée et junkie de son premier roman Pute de rue. Mais attention! la narratrice n’est pas l’auteure. En fait, bien que la frontière identitaire entre la narratrice et l’auteure s’embrouille aisément, Vicky et Roxane sont deux femmes fortes qui partagent un univers aussi dur que stimulant : la rue. « Vicky a une parole et Roxane un discours », nuance l’auteure en expirant la fumée de sa cigarette. La
rue : une quête spirituelle Décriminaliser
pour contrer la violence Résidants
contre la prostitution et clients? Féministes
abolitionnistes et marginales assumées Roxane
Nadeau, Pute de rue, Éditions des Intouchables, Montréal, 2003. Lettre ouverte à nos soeurs féministes - 8 mars 2006
Nous ne sommes pas les premières à ne pas correspondre au modèle de LA femme valorisé par les mouvements féministes. Avant les années 1970 et la création du mouvement de libération des femmes par de nombreuses lesbiennes, celles-ci en étaient exclues. Considérées au début du XXè siècle comme des perverses elles auraient donné une mauvaise image au combat des suffragettes qui étaient déjà taxé de vouloir féminiser la société, déviriliser les hommes et encourager l'homosexualité. La revendication du droit à l'avortement à l'exception de la précurseure Madeleine Pelletier ne faisait pas partie de leur combat. Quittons
donc cette vision essentialiste de ce que devrait être LA femme, LA bonne féministe. Les putes ont besoin de l'aide des autres femmes pour améliorer leurs conditions de travail et de vie, pour faire valoir leurs droits
et tout simplement être respectées. En effet, nous sommes en première ligne sur le front des violences sexistes. L'injure pute est sans doute la
plus violente à l'égard des femmes et nous désignent TOUTES. A chaque instant de nos vies, elle peut nous rattraper et permet
de limiter notre liberté sexuelle. Nous préférerions donc qu'au lieu de tenter de s'en défaire les autres féministes se la réapproprient avec nous en fierté cassant ainsi son rôle stigmatisant. En voulant s'en extraire, elles ne font que la renforcer et
n'y échappent pas pour autant. Aujourd'hui,
jour née mondiale des femmes, nous souhaiterions que cette journée soit celle de toutes les femmes et donc aussi la notre. Notre combat n'est
pas tant qu'il n'y parait opposé à celui des autres féministes et se rejoint au contraire sur de nombreux points tels la parité, l'égalité salariale etc. Nous demandons donc officiellement au CNDF de bien vouloir accepter
l'inclusion de notre groupe activiste Les Putes au sein de ce collectif
représentant l'ensemble des grandes associations féministes françaises. Nikita et Cadyne TEXTE DIFFFUSE PAR FEMMES PUBLIQUES A L OCCASION DE LA PUTE PRIDE.
Féministes, putes, nous en sommes fières ! le samedi 18 mars 2006 • Une
association féministe à la pute pride ???? OUI parce qu’être féministe c’est revendiquer • Marcher
auprès des prostitué-es, n’est-ce pas accepter la domination des femmes et leur marchandisation ? NON
Contact : femmespubliques@yahoo.fr A
NOTER : l’association initiatrice de la manifestation est Le féminisme pute ou whore feminism
Être
pute, c’est être féministe.
La prostitution comme échappatoire au système patriarcal.
GRATUITE = OPPRESSION
La gratuité d'un rapport sexuel résulte soit d'un échange égalitaire entre deux ou plusieurs personnes qui tirent chacune profit de ce rapport par l'extorsion de plaisir, soit résulte d'une oppression.
Ce n'est pas parce qu'un rapport est consenti qu'il est forcément désiré. On pourrait parler du devoir conjugal qu'on oublie souvent de qualifier de viol, mais d'autres l'ont fait avant nous. Nous constaterons simplement le fait que de nombreuses personnes et surtout parmi les femmes rendent des services sexuels aux hommes gratuitement sans en tirer aucune compensation: ni plaisir, ni argent.
Comment peut on appeler cela autrement que de l'oppression? Il convient désormais de qualifier d'oppression le fait que des femmes doivent de façon gratuite réaliser un travail domestique au profit des hommes. Il en va de même s'agissant de service sexuel.
SEXUALITE REPRIMEE...
La répression de la sexualité pousse chacunE d'entre nous à vivre exclusivement au sein du couple dans des relations amoureuses. Quelques personnes célibataires, multipartenaires, homosexuelLEs tentent d'échapper aux normes sexuelles quoique celles-ci les rattrapent eux/elles aussi. En effet, une fois les premières années de l'âge adulte passées, ils/elles ont tendance à se résigner et à vouloir se caser, former un couple pour ne pas "vieillir seulE". La peur de devenir "vieille fille" étant très grande. Il y aurait environ 80 % de la population française qui au moins une fois dans sa vie se serait mariée, sans parler de ceux/celles qui vivent en couple sans être mariéEs.
On peut donc dire que la grande majorité de la population imagine et vit sa sexualité dans un échange gratuit de plaisir entre deux individus. Ce que tout le monde ou presque refuse de voir c'est qu'en réalité il y a parmi ces deux individus, au moins un qui bénéficie d'un service que lui rend l'autre, ou un échange de service mutuel. Afin qu'une oppression puisse perdurer, il est préférable qu'elle reste invisible. On tente donc de masquer le fait que beaucoup rendent un service sexuel gratuitement à leur mari juste pour lui faire plaisir sans en tirer aucun bénéfice. Certaines essaieront d'échapper à cette corvée, prétextant une migraine ou autre chose. Beaucoup la vivront comme un viol, ce qui est le cas d'ailleurs. D'autres accepteront que leur mari les trompe pour ne pas avoir à leur rendre ce service.
...ET AU SERVICE DES HOMMES
Comment se fait il que certainEs ne se procurent pas de plaisir dans la sexualité ? C'est le fait de la répression de celle-ci. Puisque la contrainte à la vie familiale est très forte, presque touTEs s'y soumettent et se retrouvent dans une des pires structures d'oppression: la famille. Une fois mariée, les femmes se rendent très vite compte qu'elles doivent se battre quotidiennement si elles veulent imposer un rapport égalitaire avec leur mari. Sauf que ce combat est quasi perdu d'avance. Toutes les pressions sociales extérieures retomberont presque exclusivement sur nous. Les remarques sur la tenue de la maison sont adressées aux femmes, les relations avec le reste de la famille relève de leur devoir, puis dès que vient le premier enfant, tout ceci devient encore plus flagrant. Toute la pression sociale sera presque exclusivement tournée vers l'éventuelle mauvaise mère, car le fait qu'un homme soit un mauvais p ère est beaucoup moins perçu négativement en comparaison d’une mauvaise mère.
Dans les cas de couples homosexuels ou de personnes non mariées, la domination de l'un par l'autre peut se révéler moins importante. Il est plus facile d'y échapper mais elle est quand même très souvent tout de même présente car même ceux/celles qui sont marginaliséEs par un style de vie non familial ou considéré comme déviant ont la volonté de se conformer au modèle que représente la vie de famille hétérosexuelle.
Même dans ces situations, on s'aperçoit que l'unE fait plus pour le plaisir de l'autre. Très souvent, il ne s'agit même pas d'éprouver moins de plaisir que l'autre mais bel et bien de se contenter de lui faire plaisir, de ne se satisfaire que de son plaisir à lui.
On se retrouve dans des situations dans lesquelles la dominéE, le plus souvent la femme, intériorise d’elle même le fait de se dévaloriser par rapport à son mari. On pense être amoureuxSE et on ne se préoccupe même plus de son propre plaisir car c'est le sien qui importe le plus. On accepte alors très bien de ne pas éprouver de plaisir. On peut constater d'ailleurs, que l'épanouissement sexuel n'est pas ce qui est le plus valorisé dans les situations de couple. On ne nous pousse jamais à nous mettre en couple sous prétexte qu'on s'éclate plus ainsi sexuellement. Non, même si certains journaux féminins essaient d'améliorer l'affirmation du désir et du plaisir sexuel des jeunes femmes, ce désir se tait rapidement face aux exigences de la vie de couple. Peut être qu'au départ, il y avait véritablement un échange de plaisir entre les deux partenaires mais même dans ces cas là, la lassitude s'installe rapidement et on ne remet pas toujours pour autant en cause l'existence de la vie de couple.
Dans ces cas là, on préférera maintenir l'illusion d'un couple heureux, épanoui sexuellement, mais les pratiques seront toutes autres.
LA FIDELITE, UN DEVOIR SURTOUT POUR LES DOMINEES
Le concept d'amour masque les rapports de domination au sein du couple. A l'origine, la fidélité ne concernait que les dominéEs: les femmes. Les hommes voulaient s'assurer que leurs enfants soient bien les leurs, leur propriété et non pas le fruit d'une éventuelle autre intervention. La fidélité, tout comme l'interdit de l'avortement et de la contraception est un instrument de contrôle de la reproduction, du corps des femmes. Car ce sont bien les femmes qui sont les premières concernées par cette obligation.
On nous dira que de nos jours, la fidélité concerne tout le monde et qu'elle est avant tout une preuve d'amour. Certes les luttes des féministes et autres folles militantes ont permis de redéfinir le couple et le mariage. Mais il n'en reste pas moins que le devoir de fidélité est toujours plus demandé aux femmes qu'aux hommes. Heureusement, aujourd'hui l'adultère n'est plus un délit, mais sa répression concernait bien plus les femmes que leur époux. Les hommes infidèles peuvent subir eux aussi l'opprobre, mais il s'agira alors souvent de condamner le fait que cet homme vole la femme d'un autre et non pas qu'il porte préjudice à sa propre femme. Car il n'y a aucun préjudice.
Il s'agit plutôt de constater l'appropriation des femmes par le mariage, de la répression de la liberté sexuelle de chacunE. Au sein du couple, les individus pensent être complémentaires l'unE de l'autre. Ils pensent être la FEMME DE, et donc de S'APPARTENIR l'unE à l'autre. ChacunE est la propriété de l'autre. On interdit donc à son partenaire d'"aller voir ailleurs", on le force à se censurer sexuellement. Le simple désir d'un autre est refoulé car on n'est sensé n'aimer qu'une seule personne. Sauf que même si de plus en plus d'hommes se déclarent fidèles, ils le sont officiellement beaucoup moins que les femmes, car ils peuvent davantage se le permettre. Si bien que lorsque les femmes sont tout autant infidèles, l'aveu de leur faute sera beaucoup moins facilement pardonné.
Nous avons l'impression que la fidélité nouvelle des hommes à l'égard de leurs épouses reflète une plus grande égalité dans les rapports femmes-hommes. Il nous semble plutôt que le retour en force des valeurs du mariage valorisent l'idée d'appropriation du corps de l'autre. L'unE appartient au second et doit ainsi oublier son désir, ne le concentrer que sur un seul et donc au bout du compte à son seul profit.
LA LIBERTE SEXUELLE DES HOMMES EST QUELQUECHOSE DE NORMAL...
Tout le monde sait pourtant que les hommes ne censurent pas du tout leur désir. Toutes les communications sur le sexe dans les médias, la pornographie, la publicité sont presque exclusivement tournées vers les hommes hétérosexuels. C'est tout au contraire qu'ils s'enorgueillissent de leurs conquêtes, qu'ils s'en vantent.
En tant que prostituéES, nous avons pu faire le constat que la grande partie de notre clientèle n'était pas comme on peut croire des hommes pataugeant dans la "misère sexuelle" et n'écoutant que leurs pulsions. Non ces expressions n'existent que pour légitimer les viols qu'ils peuvent commettre. En réalité, ceux qui sont en demande de nos services sexuels sont des hommes normaux, pour la plupart d'entre eux des hommes mariés, Monsieur tout le monde.
Nous employons volontairement le terme de "normal" car on pourrait penser par exemple que les clients qui couchent avec un prostitué garçon sont homosexuels. Or, l'identité pédé n'est pas définissable par le fait de coucher avec des personnes de son sexe. L'identité pédé est le résultat d'une remise en cause de la société hétérosexuelle et patriarcale, de la déconstruction de ses mythes homophobes et donc de son expression par le coming out, l'affirmation d'une fierté qui signifie le refus de la honte. Or ces hommes bien qu’ils couchent avec des hommes sont hétérosexuels. Il n'y a qu'eux et leur plan cul: le tapin ici, qui connaissent leur secret. Ils mènent une vie parfaitement hétérosexuelle. Ils participent au système hétérosexuel en dominant leur femme et leurs enfants. Nous faisons cet aparté sur ces "honteuses" pour démontre r qu'elles aussi participent au système patriarcal hétérosexuel et que si leur désir est réprimé, c'est qu'ils le veulent bien car ils miment les hétéros et cautionnent la censure de leur désir homosexuel et de celui des femmes.
Tout le monde donc peut constater que notre société tolère très bien la liberté sexuelle des hommes, l'encourage même, mais au contraire empêche l'expression de celle des femmes et autres transpédégouines. On considère plutôt que ces dernièrEs sont les instruments de la sexualité des dominants. Les femmes mariées le savent bien. Elles se doutent parfaitement que leur mari fréquente des prostituéEs, les "trompent", ou qu'ils baisent avec d'autres mecs dans les lieux de dragues pédés. Mais elles préfèrent faire comme si de rien n'était. Elles préfèrent ne pas savoir car elles se sentiraient fautives, elles auraient honte qu'on puisse penser qu'elles n'assurent pas correctement leur "devoir conjugal", qu'elles ne parviennent pas à offrir à leur mari le service sexuel auquel il a droit en tant que mari. Certaines ne sentiront aucune g êne, et seront heureuses de la situation. Cela les arrange de ne pas avoir à rendre ce service et préfèrent laisser ce travail à des professionnelLEs.
OUI LA PROSTITUTION EST UN TRAVAIL: UN TRAVAIL SEXUEL
Afin de mieux nous opprimer, on refuse de considérer la rétribution d'un service sexuel comme un travail. Les dominants préféreraient bien entendu que le travail sexuel soit exercé gratuitement dans le cadre des relations de couple. Mais cette exploitation doit cesser. Notre corps nous appartient et nous ne devons plus tolérer de travailler gratuitement ou pire d'être appropriéEs comme des esclaves. Ces hommes que nous ne désirons pas doivent payer. De la même manière, les femmes doivent pouvoir avoir accès aux services sexuels de professionnels. Tout le monde trouve normal que dans les métiers de services, dans lesquels des clients se procurent du plaisir, on paie les travailleurs qui rendent ces services. Pourquoi ne devrait on pas payer contre un service sexuel? Pire, pourquoi tolère t on certains travailleurSEs sexuels et pas d'autres? Les masseuSEs, actRICEs porno, streapteaseurSEs, téléopérateurRICEs des messageries roses, bien que mal considéréEs parviennent tout de même à faire reconnaître légalement leur travail. Il faut ouvrir aux prostituéEs les droits à la sécu, à la retraite, leur permettre de déclarer pas seulement leurs revenus aux impôts mais bien un statut social de travailleurSE afin de postuler à la demande d'un logement par exemple.
UTILITE DE LA PROSTITUTION...
Les dominants dans le système qu'ils entretiennent ont obligé les femmes à se marier et être fidèles à un seul homme. Toutes les femmes de manière générale leur appartiennent jusqu'à ce qu'elles se marient et dans ce cas afin de se protéger de l'appropriation de tous, elles acceptent la domination d'un seul: leur protecteur. Il y a donc les femmes de la sphère privée: les épouses, et les femmes publiques: les putes. Les hommes savent qu'ils peuvent vivre leur sexualité grâce aux services que leur rendront les femmes mais puisque certaines d'entre elles tentent de se protéger du stigmate de pute, il est parfois difficile de toutes les baiser. Par facilité, ils s'adressent à des travailleurSEs du sexe, qui sont là pour ça. Les putes sont donc tout de même utiles au système. Les hommes sont bien contents de pouvoir bénéficier de nos services. Alors pourquoi répriment ils les putes?
... ET REPRESSION DE SA VISIBILITE
On remarque que ce n'est pas la prostitution en tant que telle qui est réprimée mais sa visibilité. On l'a vu les hommes bénéficient de services sexuels, ils ont donc intérêt à ne pas nous abolir. Or ils s'attaquent quand même à nous indirectement en pénalisant par exemple le racolage. Le but est de pousser les putes à se cacher, de rester dans la clandestinité afin de maintenir l'idée que ce n'est pas une activité normale que tout le monde, et en particulier les jeunes et les femmes peuvent pratiquer. Ce qui dérange, c'est la visibilité d'un travail qu'on ne veut pas reconnaître comme tel. Certaines femmes, le plus souvent des bourgeoises, se présentant parfois féministes, vont-elles vouloir nous éradiquer. Leur problème est certainement d’ordre sexuel. Elles trouvent dans ce combat un moyen de se positionner comme de gentil les dames, généreuses, au service de l’humanité et au secours de ces pauvres victimes que nous serions d’après elles. Elles ne font que maintenir une forme d’oppression à notre égard, nous confisquant la parole, nous considérant comme des victimes trop connes. Elles parviennent à trouver une valorisation sociale en nous servant de machines à café quand nous les rencontrons sur le trottoir ou en militant pour notre abolition. Elles ne se rendent même pas compte que c’est justement à cause de leur combat pour nous maintenir en tant que victimes que la répression et les violences des hommes se font plus nombreuses contre nous. L’illégalité et la clandestinité sont en effet la porte ouverte à tous les abus.
LES MAISONS CLOSES
On nous objectera qu'il y a à l'étranger et qu'il y a eu auparavant une reconnaissance du travail sexuel, notamment dans les maisons closes. Mais cette reconnaissance là ne nous convient pas. Les maisons closes sont plutôt la reconnaissance d’une exploitation. Beaucoup sont nostalgiques des maisons de passes car il y avait le confort, le chauffage, on était entre filles, et on n’avait pas à attendre le client. Mais pour tout ça, on n’a pas besoin d'avoir un patron! On peut travailler chez soi dans de bonnes conditions sans se retrouver obligéE de travailler pour quelqu’un qui tirera profit de notre travail et qui nous imposera ses conditions, ses clients. Bref l'exploitation... autant être mariéE.
LE TRAVAIL FORCE
On nous objectera également que si des putes comme nous sont fièrEs de ce qu'elles sont et de ce qu'elles font, la majorité d'entre elles sont les victimes d'un atroce trafic d'êtres humains. Bien entendu on aurait pu dès le départ commencer par cette question car c'est la première chose à laquelle on pense aujourd'hui quand on parle de prostitution. Notre intention n'est pas de minimiser ce phénomène mais de bien distinguer celui-ci de la prostitution en tant que telle. Le fait que des personnes soient esclaves, victimes de réseaux mafieux n'est pas uniquement présent dans la prostitution, on pourrait citer le bâtiment, le travail domestique comme des domaines dans lesquels beaucoup de travailleurSEs sont en fait des esclaves.
Il ne faut surtout pas faire l'amalgame entre la prostitution et la mise en esclavage de personnes que l'on force à pratiquer la prostitution. Cet amalgame permet en effet de victimiser les travailleurSEs du sexe, de les infantiliser, de parler à leur place. Cet amalgame permet aussi une plus grande répression de la prostitution de rue, visible, sous prétexte que c'est un moyen de lutter contre les réseaux.
Sur le terrain, on se rend compte que le nombre des victimes de ces réseaux n’a malheureusement pas diminué. Bien au contraire, les macs accentuent les pressions qu'ils exercent afin de ne pas être dénoncés auprès de la police. Les filles se retrouvent bien plus dans la clandestinité et plus fragiles face aux exigences des macs et des clients. La loi Sarkozy, puisqu'il est question d'elle, est une loi raciste qui s'attaque en premier lieu aux étrangerEs. La promesse d'un titre de séjour au profit d'une dénonciation se traduit le plus souvent par une APS non renouvelable. Les filles ne sont pas plus protégéEs mais chasséEs par la police. Et même quand elles sont expulséEs, il n'y a rien de plus facile ensuite pour les réseaux qui les ont conduit sur le trottoir de les y replacer aussitôt.
Afin d'aider ces femmes, il nous parait plus judicieux d'accorder des droits aux travaileurSEs du sexe. Plus on jouit de droits, plus on est reconnuE par la société et plus on est fortE et apte à se libérer d'une domination. Donner des papiers à ceLLEs qui n'en ont pas leur permettra de circuler librement, de travailler légalement, de ne pas être dépendantES de ceux qui détiennent leur passeport. Légaliser les drogues et permettre aux usagerEs de drogues de s'en procurer de bonne qualité légalement grâce à l'Etat leur évitera d'avoir à s'en fournir de mauvaise qualité au marché noir, en risquant d'être sous la dépendance d'un dealer qui leur demandera de se prostituer à son compte à lui. Au lieu de réprimer les putes, la police devrait veiller à leur protection pour qu'elles n'aient pas à demander celle d'un proxénète.
ETRE HORS SYSTEME
Etre
une pute est le meilleur moyen pour ne pas se mettre sous la domination
d'un patron. C'est aussi la meilleure excuse qu'on peut avoir pour
ne pas accepter la domination d'un mari. Le profit tiré de son travail permet également de s'extraire de l'autorité paternelle et vivre économiquement indépendantE de la cellule familiale qui vous aura de toute façon bien souvent rejetéE en raison de votre statut de pute. Il ne faut pas trop fantasmer sur les revenus
des prostituéEs, mais il est vrai que l'argent rentre plus facilement. Ne plus avoir de soucis
d'argent est un moyen d'être libre dans cette société capitaliste. On peut donc se permettre davantage de mener sa vie non pas en
fonction des autres mais comme on l'entend. Le système patriarcal a moins de prises sur vous. Vous avez vraim ent l'impression d'être hors du système. Les oppriméEs que vous côtoyez vous paraissent vivre dans un monde complètement surréaliste. Ils sont heureux d'avoir des week-ends de 3 jours quand vous êtes loin des 35 heures |
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